Saturday, February 16, 2008 11:23 AM
Marc Gardette
Synthèse de l’étude de l’Harvard Business School sur le marché de l’Open Source
Même si elle n’est pas très récente, puisque datant de 2006, l’étude intitulée « The Business of Free Software: Enterprise Incentives, Investment, and Motivation in the Open Source Community » et écrite par Dr. Marco Iansiti (Ph.D Harvard Business School) et Gregory L. Richards (Managing Director de Keystone Strategy, Inc.) propose des éléments intéressants concernant les ressorts de l’écosystème Open Source.
Pour mener cette étude, les deux auteurs ont d’abord sélectionné un peu plus de 1 135 projets actifs en se basant sur Wikipedia et ils ont établi une classification de ces projets.
Cette classification est en elle-même intéressante puisqu’elle montre que la majorité des projets Open Source sont orienté « grand public » :
En se basant, pour sélectionner les projets « significatifs », sur un critère certes arbitraire de « au moins sept contributeurs à plein temps » (le temps de total contribution étant calculé en utilisant l’enquête européenne « Basics of Open Source software markets and business models, in Free/Libre and Open Source Software: Survey and Study, FLOSS Final Report »), l’étude à finalement porté sur 50 projets Open Source.
Ces projets ont ensuite été répartis en deux grandes populations : ceux qui bénéficient d’un financement important et ceux qui ont le soutien d’une large communauté. Le premier groupe regroupe 18 logiciels (Linux, Firefox, OpenOffice, MySQL, OpenBeos, SugarCRM, PHP, Tcl, JBoss, Xemacs, Advanced Authoring Format (AAF), Perl, Python, Open Web Application Security Project (OWASP), Plone, Freenet, NSLU, et Firebird), et a bénéficié de près de 2 milliards de dollars sur la période 1995-2005 représentant plus de 99 % des investissements. Le second groupe rassemble 32 logiciels et a bénéficie de pratiquement aucun financement des éditeurs. Dans ce groupe, 91 % des logiciels fonctionnent sous Linux et 75 % sous Windows.
Sur ces bases voila quelques éléments intéressants mis en évidence par cette étude :
1. Quatre projets représentent la majorité des téléchargements (Linux, OpenOffice, MySQL et Firefox) comme le montre le graphique ci-dessous (attention, l’échelle est logarithmique).
2. On observe une importante disparité dans les investissements effectués (apports de capital ou investissement humain – convertit en coût de développeur), puisque Linux a mobilisé l’équivalent de 1,5 milliards de dollars d’investissement entre 1995 et 2005, le deuxième projet (Firefox) n’ayant recueillit que 317 millions de dollars.
3. Les motivations liées au financement direct ou indirect par des entreprises sont aussi analysées dans cette étude et il ressort que sur les quatre motivations principales définies par le FLOSS Final Report (cf ci-dessus) c’est l’utilisation de composants Open Source pour faciliter l’adoption de composants propriétaires qui prédomine (pour information les autres motivations sont : tirer partie du modèle de prix de l’OSS, utiliser l’OSS pour compléter des produits existants, et permettre par le biais de projets Open Source l’interopérabilité avec les offres proposées).
La stratégie sous-tendant les investissements des principales sociétés éditrices de logiciel dans le monde Open Source est donc très proche de celle des vendeurs de consoles de jeux qui vendent a perte le matériel (la console) mais équilibrent leurs comptes sur la vente des jeux ou des composants annexes, des fournisseurs d’imprimantes qui gagnent de l’argent avec les cartouches d’encre, ou de Polaroid qui le premier a banalisé l’appareil photo (peu cher) mais a fait fortune en commercialisant les pellicules. Pour IBM par exemple, Linux joue une peu le rôle de l’appareil photo et les logiciels Websphere celui des pellicules…
L’analyse des investissements effectués par deux gros financiers du mouvement Open Source (IBM et Oracle) montre assez bien cette gestion contrôlée des investissements dans des technologies potentiellement concurrente aux produits commercialisés :
Une étude intéressante donc, avec un nombre très important de références qui peuvent toutes être de bonne source d’informations pour en savoir plus sur l’Open Source.