Quel est le rapport entre la progression phénoménale des équipements personnels intelligents – voir les chiffres cités dans le post précédent – et l’entreprise ?
S’il on en croit le Gartner, « L’émergence des programmes "Bring You Own Device" est tout simplement le tournant le plus radical dans l’économie de l’informatique client pour les entreprises depuis que les PC ont envahi le lieu de travail » (Bring Your Own Device: New Opportunities, New Challenges, Gartner, August 2012).
L’adoption massive des nouveaux équipements intelligents provoque un véritable décalage entre le marché des consommateurs et les outils qui sont mis à disposition de leurs employés par les entreprises.
Dans son analyse « The BYOD Effect », la société Mobil8 décrit bien ce décalage : précédemment, l’adoption des périphériques par l’entreprise précédait sa diffusion en masse sur le marché de la consommation courante ; Blackberry est l’exemple concret d’une innovation pensée pour l’entreprise qui a ensuite essaimé chez les particuliers. Cette tendance s’est complètement inversée avec l’arrivée des smartphones et tablettes Apple ou Android qui ont été ciblées uniquement pour le marché grand public. A présent, c’est lorsque le marché a adopté ces nouveautés technologiques que l’entreprise se voit sollicitée par les employés devenus prescripteurs pour les intégrer dans son périmètre.

Cependant, les contraintes de l’entreprise dans le choix de ses équipements ne sont pas les mêmes que pour le particulier ; les critères de l’IT sont  tournés vers la gestion, le contrôle et la sécurité. L’introduction de nouveaux périphériques nécessite un minimum de qualification car l’entreprise aura la charge d’en assurer le support. Par mesure de rationalisation des dépenses, les achats sont faits par quantité importante avec un stock suffisant pour assurer les retours des périphériques défaillants. Une forte hétérogénéité des périphériques est synonyme de coût supplémentaire et de difficulté de maitrise par les équipes de HelpDesk. Pour respecter ce processus, l’entreprise s’inflige un deuxième décalage par rapport au cycle de mise sur le marché des nouveaux équipements.

Le collaborateur dispose pour son usage personnel d’un périphérique attrayant, qu’il a choisi personnellement, dont il maitrise parfaitement le fonctionnement : il va être incité en toute logique à en étendre l'utilisation dans le cadre de son travail pour éviter d’avoir à assumer un équipement supplémentaire fourni par l’entreprise et, de plus, déjà démodé. Il est prêt à assurer lui-même la maintenance de son équipement et à admettre un entrelacement ou une certaine porosité entre vie privée et professionnelle. L’entreprise peut entrevoir, en première approche, des bénéfices comme un gain de productivité des employés et une réduction des coûts liés à l’acquisition et la maintenance des terminaux. Même si la satisfaction des utilisateurs n’est toujours facilement quantifiable, l’adoption du BYOD peut permettre également de redorer le blason de l’IT.

Le BYOD correspond-il à un effet de mode ? Le taux d’adoption, selon l’étude Gartner déjà citée, évalue en moyenne que les CIO aux Etats-Unis s’attendent à ce que 38% des effectifs utilisent des terminaux personnels en fin 2012 et environ la moitié de ce taux pour l’Europe. Une enquête de Cisco datée de fin 2011 menée auprès de 1500 décideurs aux Etats-Unis et en Europe, note un rapport de 3 entre les demandes de tablettes en proportion des téléphones. Ces chiffres confirment que, malgré leurs réticences, les entreprises ne peuvent ignorer ce qui devient bien plus qu’une tendance.

L’adoption du BYOD ne se résume pas au choix et à la mise en œuvre d’un outil de gestion de flotte de mobiles (Mobile Device Management ou MDM). Ceci explique que la majorité des entreprises (60%) continue encore sur le modèle où tous les périphériques sont fournis et gérés en interne, même s'il reste probable que des mobiles « pirates » soient connectés sur le réseau interne en dehors d’un programme accrédité . Environ 20% implémentent un modèle hybride  – c’est le cas de l’informatique interne de Microsoft  – et seulement 10% sont réellement passées à un programme BYOD complet. (Source: Just How Hot Is BYOD? Étude conduite par CCMI pour Dimension Data et Xigo, July 2012).

Le billet à venir s'intéressera plus particulièrement aux risques liés au BYOD.